4.000 cochons domestiques sains vont être majoritairement sacrifiés sans être consommés, sur l’autel du commerce international.

Une honte pour notre société où tant de gens vivent dans la précarité, une tache pour la civilisation, du mépris pour les producteurs concernés, un scandale de notre rapport à l’animal.

Énormément de questions restent sans réponse dans le dossier dramatique de la peste porcine africaine (PPA) : causes, choix des mesures préventives contre la propagation à l’intérieur et hors de la zone, élimination des sangliers, clôtures, calendrier…

Il faudra les reprendre une à une après l’épisode de crise aiguë que constitue la décision d’extermination de tout le cheptel porcin des 63.000 ha (dont moins de 3.000 ha sont infectés en fait) dans un timing et une désorganisation contreproductive.

La pilule amère

La pilule est amère. Elle ne passera pas mais la résignation a gagné. C’est que c’est jouer gros et le bulldozer est immense. Pensez donc : Belgique aux commandes, Région en soutien et Europe qui salue. Et puis 4.000 à sacrifier sur un cheptel de 6.000.000 de têtes, 15.000 travailleurs concernés et un chiffre d’affaire de 1.300.000.000€ pour la filière porc, ne chipotons pas, ce n’est même pas se couper un doigt, tout juste un ongle légèrement incarné.

Solidarité

Que pouvons-nous faire malgré le goût amer impossible à faire passer ?

Dans l’immédiat, appeler à la responsabilité et la solidarité de la filière et de la distribution. Même les ministres l’ont fait sur le plateau de la RTBF. Trop tard cependant car c’est dès le début de la crise qu’il eut fallu organiser calmement la commercialisation accélérée du cheptel en vue de « vider » la zone. Aujourd’hui, en à peine quelque jours avec certains grossistes refusant la viande et des engraisseurs refusant les porcelets, c’est terminé.

La solidarité peut encore s’opérer par chacun de nous, par exemple en acquérant des colis encore disponibles. Il faudra attendre encore longtemps avant de pouvoir à nouveau consommer du porc gaumais, autant en profiter. Soyons donc attentifs et répondons aux offres.

Dans l’immédiat, les écologistes appellent tous les acteurs à prendre les mesures nécessaires pour amplifier la vente directe des porcs dans le viseur.

Pour cela, nous demandons :
  • au ministre de l’agriculture de donner un délai supplémentaire (5 jours) pour l’élimination des porcs sains
  • au ministre de l’intérieur de fournir des frigos supplémentaires à l’abattoir de Virton de façon à garantir les conditions de la chaîne du froid (Protection civile, solidarité de la filière)
  • au bourgmestre de permettre que du personnel supplémentaire soit temporairement affecté au fonctionnement de l’abattoir de Virton (solidarité d’autres abattoirs)
  • que la vente directe soit soutenue par la mise en place d’une plate-forme d’achat (solidarité locale, des acteurs du développement local et du tourisme)
  • aux habitants d’acquérir des colis de viande encore disponibles.
La tyrannie du marché international

Cette décision n’a, à très court terme, strictement aucun impact sur la propagation de la maladie dans ou hors de la zone. Elle ne répond à aucune crise sanitaire humaine. Ce n’est pas nous qui le disons mais les ministres de l’agriculture.

C’est l’irrationnel des marchés qui domine et décide. Bien sûr, impossible d’être sourd aux conséquences de l’image écornée suite à la bientôt vingtaine de sangliers « positifs à la PPA ».
Pour résumer, ce qui est dit c’est : “la seule manière de ne pas perdre notre marché du cochon est de montrer aux autres que nous avons éliminé tout porc pouvant éventuellement être contaminé”.

Pour faire avaler la pilule amère, la carotte et le bâton. La carotte :« Il y aura des indemnités et ce sera du cas par cas, elles tiendront compte des spécificités » et le bâton : ne pas respecter strictement les consignes c’est perdre tous les avantages.

Quelques questions en suspens (liste non exhaustive)
  • Le système du commerce international est dans une impasse, non ?
  • L’extermination et après car rien n’est résolu…
  • Pourquoi un abattage systématique dans toute la zone ?
  • Que se passera-t-il si le massif ardennais était atteint ?
  • Les compensations seront-elles à la hauteur de ce qui est annoncé, surtout si la zone venait à s’étendre ?
  • Pourquoi ne pas piéger les sangliers comme c’est fait couramment en dehors des périodes de chasse dans nos régions et comme la FAO le préconise ?
  • Pourquoi ne pas explorer d’autres modes de destruction des sangliers, qui évitent la dispersion ?
  • Une clôture contre les sangliers de dizaines de kilomètres avec des routes traversantes, vraiment ?
  • Si c’est si capital, pourquoi n’est-ce pas en cours ?
  • Combien de temps avant de relancer la filière porcine en Gaume ?
  • Etc…

Voir le communiqué de presse d’Écolo-Luxembourg et d’Écolo+virton

Aller vers l’article sur le site d’Écolo-Luxembourg

Lire l’intervention de Muriel Gerkens interpellant le ministre Ducarme à la Chambre le jeudi 26 septembre

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